Bon pour les novices et citadins endurcis, petit rappel.
L'amazonie c'est un truc avec plein d'arbres, les arbres c'est vert, ca porte plein d'insectes et les insectes c'est des animaux, comme vous et les caïmans qui y vivent.
Sautons tout de suite du coq au vin et partons rejoindre sans plus attendre nos amis les bêtes.
Donc le lundi 5 aout l'on m'annonce au boulot : "Traïst (oui il connaissent ma double identité) tu te barres 4 jours à couilles a Beno (clin d'oeil a francois) dans un pire lodge (là j'ai peur...pourquoi pire ?)"
Je saute de joie, j'embrasse la secrétaire de 70 ans sur ses joues tombantes (c'était bien ses joues au moins?), je fais un roulé-boulé au milieu du bureau et part me jeter dans les plantes vertes pour commencer ma relation avec la nature belle et sauvage pleine d'engrais.
Donc vendredi je dois vite aller chercher mon billeto aereo chez Galasam (Tour Operator) et Tame avec un super discount de 75% !!
Bref, j'y vais. Bonjour madame, leeloo wallace multipass ! (n'ayant pas la tenue adéquate j'ai opté pour des bretelles cachant délicatement mes tétons et un string Adam et eve d'un gout
certain), je voudrais retirer, s'il vous plait, mon billet grâce à votre aimable aide si peu intéressée.
- "Mais c'est bien sûr, désirez-vous en attendant un jus de fruit et un cigare ?" me demande-t-elle avec un air supérieur.
- "Non merci aimable caissière, j'ai arrêté les fruits pour des raisons de convictions personnelles. Mais je prendrais bien volontier un verre de coca....light par contre. Je surveille ma
ligne, vous comprenez."
- "Mais vous n'en avez pas le besoin mon cher Monsieur" (je sens dans l'air comme un vent d'ironie...)
- "Oui je sais ! tout le monde ne peut pas en dire autant !" dis-je en attendant son regard de bete furieuse. Là ! jel'ai vu.
(cette conversation, conduite en espagnol, à été précieusement traduite et censurée afin de ne pas heurter la sensibilité des
caissières)
Bref. Mon billet en poche et mon oeil droit de même mais en un seul mot finissant avec un "é" (nan pas monoeilé, et mon oeillet non plus), je me mène par les pieds chez moi pour faire mon
backpack.
Je vous passe les détails mais disons que l'attente fut longue jusqu'au lendemain midi posté devant mon réveil matin espérant à chaque minute qu'il s'excite. 10 heures plus tard il sonne. Déjà
levé de la veille, je prends mon sac en 5/5 (clin d'oeil) et fonce comme un dératé en dehors de ma chambre (tiens c'était une porte là ?).
2 minutes plus tard et 6km dans les pattes, j'arrive enfin à l'aéroport (putain va falloir qu'ils le rapprochent l'aeropuerto!)
Checking, attente.
Puis enfin appel !
Premier arrivé dans l'avion. Place 6D, pour une meilleure dimension (je pourrais bosser pour Sony tiens?!). Popotin posé, ok. Sac dans le truc pour le mettre, ok. Aile gauche, ok. Aile droite,
ok. Hotesse, ok. Choco BN, ok. Bouteille de Dasani, ok c bon ! On y va ?
Là une voie venue d'un autre monde m'interpelle : "Por favor señor, se equivoca de avion! eso es un bus!"
gnin ?!
Je me disais bien aussi que l'hotesse paraissait trop barbue pour être une vraie...Toujours faire confiance à son instinct !
Bon je change d'avion, je trouve ma place et m'installe.
"Por favor..." quoi encore ! c'est bien un avion, j'ai comparé avec mon plan technique bordel !
"la ventana es para mi". ??? ah... la ventana...et ca te derange si je reste la ? "Si, reglas estan reglas"
"elle se fout de moi cette charmante dame ayant un tatouage nazi sur la nuque?"
Du coup, hors de moi je sors ma scie à métaux de ma chausette et commence à découper le contour de la vitre pour lui filer sa $·*# de ventana ! 1/4 d'heure plus tard je m'apercois que tout
le monde me fixe d'un air surpris en train de rogner le metal avec mon coupe-ongles. Grand moment de solitude.
"bon...ok...avec plaisir..."
Decollage. Atterissage. 30 minutes.
Arrivé a Lago Agrio, descente de l'avion, la chaleur envahit mes poumons. 29º, 90% d'humidité. Purée je vais me les cailler ^^
La le guide, Lenny, nous attendait avec une fourgonnette.
Nous étions huit petits nouveaux, attendus au Siona Lodge, à Cuyabeno.
Deux familles équatoriennes. Une famille de trois et une famille de quatre dont trois (la maman et les deux enfants) habitent a L.A. (Los Angeles, pas Lago Agrio)
Donc nous montons dans la fourgonnette et c'est parti pour 2h30 de route, au début très bonne, puis carrément horrible sur les 2/3. Normal, rien de grave.
Pendant ces 2h30, nous n'avons fait que suivre un oléoduc, celui-ci longeant la highway équatorienne (ironique) tel un serpent suivant sa proie. Car il faut savoir qu'en amazonie, il y a du
petrole, et beaucoup. Du coup on ne lésine pas sur les moyens pour l'acheminer jusqu'à l'autre bout du pays, pour prendre ensuite la gentille direction de l'Amérique (tiens donc ?!).
Mais en attendant, les compagnies pétrolières ont gentiment bousillé une énorme partie de la forêt, pollué les rios et déplacé des peuples entiers.
C'est un tel désastre que le réserve naturelle de Cuyabeno a du être déplacée vers l'ouest et le sud à coups de pieds au cul.
Mais revenons à mes aventures...
2h30 c long.
Au bout de ce long chemin nous attendait l'entrée de la réserve. Taxe de 20 dollars d'entrée.
Et là, O joie ! Une pirogue était sagement installée en bordure de rio pour nous acheminer jusqu'au lodge.
- "Esclave guide ! Combien de temps pour arriver au lodge ?" lance-je d'un air amical et jovial.
- "Dos oras siñor !" (ouhlala il a un accent, il est pas du coin c sur)
- "Aurons-nous droit à une collation lors de ce périple sur-aquatique ?"
- "No siñor, pas prévou..."
- "Et bien, vous devriez p-e lire les manuels scolaires français du 20ème siècle ! Vous y apprendriez à bien accueillir les bonnes gens !"
Bref, l'on nous installe nos coloniaux fessiers sur des petits bancs spécialement posé pour nous dans l'embarcation.
Ah ?! 'Faut mettre des gilets ?! C'est des Ralph Lauren au moins ?!
Gilets enfilés, nous partons.
Moi qui m'imaginait déjà avancer à la sueur d'autochtones ramant comme des galériens romains, plein d'entrain, je fus bien surpris de voir que la pirogue était poussée par un moteur Yamaha made in China. Remarquez, il a surement été construit par des enfants, ca rassure au moins.
Bon, ca vous coupe vos rêves d'aventuriers mais au moins vous la sentez la vitesse !
Ah ! J'entends déjà vos interrogations ! "Nan mais dis donc le Traïst, et à la forêt de Brocéliande t'y vas en licorne aussi !...prrrr ah l'autre hé, quel baratineur ! "
Pour votre gouvernail, sachez que la forêt amazonienne se constitue par endroits de zones extrêmement humides, inondées par l'afflux massif d'eau provenant des Andes. Du coup chers amis et empaffés, celle-ci n'est pratiquement praticable qu'en véhicules flottants ! "
Et elle est magnifique cette forêt.
Plein d'arbrus vegetalus, de nonhomini animalus (in Darwin I trust) et d'insectus enragus. J'arrêtes lá pour les noms scientifiques, c'est les seuls que j'ai retenus. Ils sont bons ces guides quand même !
Bref.
Ces 2 heures furent merveilleuses. La pirogue slalomait entre les branches flottantes, les branches pendantes, les oiseaux sifflaient et la verdure verdoyait : tout ceci me faisait l'effet d'une Gaby me dévoilant ses superbes jambes, j'en était tout retourné.
Mes pupilles se dilataient à la vue de ce temple vierge, tel un kamikaze découvrant ses pucelles allongées lacivement sur un nuage loué par un des monsieurs perchés (al)la-haut.
Mon coeur battait chamade en respirant le parfum envoutant des filles de dame nature et mes yeux observaient à 100 à l'heure tout ce qui passaient devant eux (moi pendant ce temps là je prenais des photos).
Ces 2 heures magiques, que je ne peux décrire sans les tuer tant les mots sont assassins, resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Je n'avais jamais ressenti cela. Si vous deviez voyager, optez pour l'amazonie !
Le lodge était situé au bord d'une immense lagune, lagune que nous avons traversé par soleil couchant, d'un romantisme et d'une spiritualité envoutants. Le style d'instant oú il ne manque qu'une main amoureuse à joindre à la sienne pour se voir envelopper d'un angélique bonheur...
"Oh pardon Monsieur ! Pendant un instant j'étais ailleurs..." ;-) certaine sait oú.
Découverte du lodge, repas frugal et rencontre d'autrui.
Milena, 20 ans, équatorienne faisant ses études en France, et ses parents très gentils.
Mercedes, équatorienne vivant aux Estados-Unidos et ses deux enfants, Jordan et Kessy.
Et Tía. La tante de Mercedes, vivant à Quito, assise juste en face de moi, quatre fourchettes dans chaque main....
Une compétitrice hors-pair, poids ours et appétit d'ogre, qui sait déstabiliser l'adversaire par son habilité à vous écraser si vous êtes entre elle et son époux le buffet, par des ouvertures de bouche débordante de bouffe, du crachage de grains de riz dans la figure et des éructations nauséabondes et sonores. Un maître. Je ne vous oublierai jamais.
En gros petite soirée tranquille ponctuée d'une sortie nocturne en forêt pour y découvrir les insectes : araignées amphibies, velues, crapauds et grenouilles venimeuses et ultra petites, lucioles et autres fourmis. Un délice !
Puis dodo car voyage long et fatiguant.
Le lendemain matin, je me lève avec entrain car nous allons faire une rando en pleine forêt vierge !
Du coup douche rapide et froide et petit déjeuner.
Un moment que je n'oublierai jamais, toujours grâce a Tía, la tante aux manières néandertaliennes.
En gros, disons qu'elle a explosé son record de grognements et de bouches ouvertes de la veille. Elle se dépasse, ça fait plaisir.
Bref. Petit déjeuner englouttis pour certains, nous montons dans la pirogue et faisons 200 mètres pour nous jeter sur le "chemin" de rando. C'est parti pour 3 heures ^^ Paye tes mollets ! (les gens qui me sont le plus proche savent que je dis ca car dans notre famille, les hommes ont des mollets de coq, et malheureusement je ne failli pas à la règle).
Nous parcourons des centaines de mètres dans un forêt dense, chaude et humide à l'odeur si particulière de décomposition, le bonheur ! J'ai soudain enore l'impression d'être Indiana Jones cherchant un temple inca et son trésor archéologique. Je photographie tout ce que je peux voir : fougères géantes, lianes biscornues, essaims d'araignées (arañas sociales), bout de bois bizarres, fourmis noires, rouges, vertes, rose fluo, arbres majestueux et d'une grandeur immense. En même temps je laisse des petits cailloux sur le chemin, juste au cas oú.
Puis soudain des hurlements me sortent de mon extase et m'envoient dans un autre monde, celui des hominidés.
Non ce n'est pas Tía qui se fait bouffer par un anaconda, ce sont des singes hurleurs (enfin je crois) qui se fightent dans les arbres.
Silence complet, tout le monde choppe ses jumelles et cherche. On a cherché longtemps...Mieux que Rambo se cachant pour buter du salaud de communiste enragé, les singes ne nous sont pas apparus. En même temps, on pouvait descemment pas s'attendre à une entrée hollywoodienne à la Mickael Jackson...En plus, je suis sûr qu'ils ne connaissent pas les paroles de Billie Jean alors ! C'est nul des singes....!
Nous continuons notre avancée, nous faisons empaler par les mosquitos, erraflés et griffé par les feuilles des arbustes et plantes puis arrivons à une zone bien plus marécageuse que la normale. Tía lache un pet.
J'imagine le marécage dans sa culotte et m'effondre. Je me relève et respire normalement et vois tous les autres engagés dans le marécage, enfonçant leurs bottes dans la boue amazonienne.
Je rigole, m'avance et me retrouve bloqué dans cette même boue, ironie du sort. je tourne ma jambe et tire d'un coup sec.
"Shlurp" Oh nan pas encore Tía, merde. Ah nan ! C'était le bruit de ma botte sortant de la vase/boue/blob/gelatine.
239 shlurps plus tard, nous voyons pointer la terre ferme.
Mais là, catastrophe !
Un énorme bruit grondissant s'approche de moi. Je le sens arriver dans mon dos. Alerté, je me retourne et écarquille les yeux à la vue d'un tsunami de boue nous arrivant dessus à mach 2 ! La vague énorme, de plus de trois mètres à vue d'oeil et au soleil, n'est pas due à un phénomène sismique mais, je l'apprend bien plus tard lorsque je réussi à me dégager de l'arbre auquel la Super Boue 3 m'avait collé, causé par une "grosse tía dégueulasse" (c le petit nom que je lui ai donné) s'emplâtrant dans le jus marécageux parce que mAdame voulait dépasser sa petite nièce qui n'avançait pas ! La nièce, expulsée à 30 mètres de là et traumatisée à vie, me raconta toute l'affaire par la suite, avec pleurs et convulsions. Sa jeunesse est partie d'un coup, pauvre Kessy.
Suite à ce désastre écologique digne de l'Exxon Valdez, nous marchons tous en file indienne, tête baissée, entourés d'un silence de mort.
Mais heureusement ce silence fut aussi court que le savoir-vivre de Tía, car nous tombons cette fois sur de vrais singes décamouflés limites exhibitionnistes, sautant de branches en branches avec une agilité à la Katarina Witt.
Moment d'émotion intense. "J'aimerais bien avoir un frère comme ça" pense-je débilement. Oui oui ça m'arrive !
Puis, une fois les ninjas partis, nous continuons notre chemin et arrivons finalement au bord de l'eau, la pirogue nous attendant sagement.
Retour au lodge pour le déjeuner et une sieste. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi mais la faim m'a quitté qd j'ai vu la Tïa s'attabler en face de moi....
Bref, je mange en fermant les yeux (n'empeche ca doit etre chiant d'etre aveugle) et pars ensuite me reposer dans ma cabaña.
Deux heures plus tard je me lève la tête dans le cul, tranquillement, quand tout à coup je me rend compte que tout le monde m'attend dans la pirogue pour aller à la pêche au piranha....Euh vous avez 2 minutes ?
24 minutes plus tard je monte dans la pirogue et me dis que ben dis donc z'ont pas l'air contents d'être en amazonie ceux-lá...vraiment y'a des gens blasés je vous jure...
Nous traversons la lagune et nous engouffrons dans des passages secrets situés au milieu des arbres jaillisants de l'eau, baissant la tête pour éviter les branches et les feuilles tombantes. L'aventure je vous dis !
Puis notre guide mou et incompréhensible nous indique un endroit pété de pirahnas.
Ni une mais huit cannes à pêche nous sont distribuées.
Une émotion m'envahit, un pressentiment heureux....je sais que je vais être le premier à en pécher un et vivre un moment de gloire. Je le sens.
Distribution de viande. Je la met sur l'hameçon. Je jette ma ligne d'une main assurée et confiante. Puis j'attends.
Je sens la ligne tirée par a-coups rapides, des a-coups de chirurgiens plastiques, précis, nets. Je sens que je me fais avoir...Je remonte la ligne...plus rien. A les p'tits malins....
Deuxième bout de viande, troisième bout de carne, troisième, quatrième, cinquième, sixième...Tu veux la guerre mec' ?
Ok fini de jouer, là je sens que je vais t'avoir poisson Tía !
Je lance mon septième et dernier hameçon faisandé à l'eau.
Je joue le tout pour le tout. Ma technique va-t-elle marcher ? Ce morveux va-t-il mordre à l'hameçon ?
Je sens tout à coup que la ligne est tirée, d'un réflexe magistral je tire à mon tour d'un coup sec et ample et voici mOssieur le mangeur d'hommes sorti de l'eau et amené dans ma main !!! Tous les animaux de la forêt sortent pour admirer ce spectacle et hurler leur joie à moi le roi de la journée ! Des oiseaux passent dans le ciel en faisant voler une bannière "We Love You!" et les singes chantent la marseillaise !
Mais là vous aurez compris que depuis le début j'avais une technique préparée et pensée, héhé !
Voici pourquoi j'ai réussi à pêcher un pirahna.
Tout d'abord, j'ai réfléchi. "bon Tristan, si tu analyses la situation, tu peux en déduire que :
1. le pirahna mange de la viande
2. c'est un animal, donc il crève toujours la dalle
3. Il est petit. Son estomac aussi.
4. Qd on mange trop soit on est crevé soit on s'effondre.
5. Si on est juste crevé, on manque tout à coup d'agilité et de réflexes.
6. En sachant qu'un pirahna nage le crawl à la vitesse de 5 noeud à la seconde, que dans le meilleur des cas le rio possède un débit de 100m3 d'eau par minute, que le vent souffle nord-nord-sud, que tu sais qu'il a pas de tenue hydrodynamique, qu'il a les yeux verts et qu'il s'appelle Serge, tu vas devoir accrocher exactement 7 fois de la viande avant qu'il soit groggy
7. Va te falloir des réflexes
Ensuite j'ai maggi. Enfin acté exactement.
Car oui, je l'ai bluffé ! Ahah ! Je l'ai intentionnellement gavé pour qu'une fois qu'il soit presque repu, je lui tende un dernier bout de viande fatal. Eh oui un pirahna c'est super gourmand ! Fallait juste le savoir.
Du coup, il a du voir le dernier bout de viande se ramener vers lui, il l'a regardé avec des yeux léthargiques et s'est dit : "Burp - je tiens à noter que j'ai vu la bulle du rot - oh allez je m'en ferais bien un petit dernier moi, c'est pas tous les jours que d'la viande nous arrive de la surface, aussi bonne et bien préparée, cuisinée avec amour, au four surement...Allez vas-y Serge !"
A ce moment là j'avais gagné. Il a surement du regarder autour de lui d'un air sournois pour voir s'il était seul, siffler l'air de rien en s'avançant d'un air nonchalant vers la gigot, et hop se faire avoir !
Donc je l'ai en main, je lui enlève l'hameçon (ca va il a rien) et je lui ouvre la bouche, le montre à tout le monde.
Les femmes sont en rut, sauf Tía qui est en rot, c'est sa note préférée, et me prennent en photo, moi l'homme sauvage, le shooté au danger, le peur de rien.
Moment de gloire.
Mais bon, je suis pas pêcheur, je tue pas les animaux donc je le rejette à l'eau assez vite pour qu'il aille faire sa sieste et que ses potes se foutent de lui.
Ce moment délicieux de gloire m'a tout de suite donné un statut très particulier au sein de mon équipe de koh-lanta. De fait, je suis devenu le mâle alpha, le hugh jackman de la selva (prononcez à l'espagnole), l'homme bestial défiant les forces hostiles de la nature. Sympa ^^
Le moteur de la pirogue se met en route et nous emmène par des voies d'eau toujours aussi majestueuses au milieu de la lagune pour aller faire trempette.
Tout le monde s'était préparé pour l'occasion. Même Tia...
D'un geste suave et sensuel d'un érotisme intense à la Demis Roussos, Tia se déshabille. (nda : pour le respect de mes lecteurs je ne décrirai pas cette partie de l'aventure plus avant, les images peuvent être douloureuses et jetter à jamais votre sexualité dans les lymbes tempétueuses du tourment perpétuel).
Tia, en tenue de bain, se tourne d'une détermination de terminator en direction de l'eau, faisant ainsi presque chavirer notre embarcation vers une mort certaine : le Tiatanic est de sortie.
D'une grasse (non je ne me suis pas trompé) que l'on imagine aisément et en serrant les dents, elle effectue un plongeon mémorable d'une agilité certaine, presque sans remous. Le seul que nous ayons pu voir tant sa technique est abouttie, est une déferlante de 15 mètres partie inonder Manaus au Brésil en emportant, paix à leurs âmes, les gentils touristes des autres lodges. Si vous regardez les nouvelles des quotidiens européens et américain parus début août, vous y trouverez, j'en suis sûr, les noms de nos compatriotes dans la rubrique des disparus ainsi que les images satellite d'un tsunami ayant dévasté la Jamaïque.
Bref, l'horreur disparue, j'enlève mon t-shirt d'un mouvement viril histoire de signifier à la gente féminine qu'elle a raison de m'aduler et plonge tel poséïdon dans l'eau de crystal noir.
Une fois à l'eau, je savoure ce moment magique d'une baignade en pleine forêt vierge, être sans défense à la mercie des volontés de dame nature.
Puis je me pose une question : tiens pourquoi ne vois-je aucun autochtone faire de même ?
Déterminé à avoir une réponse à ma question, je nage tel un hors-bord en direction de la pirogue et de notre esclave-guide.
- "Manant ?! Pourquoi donc ne vous baignez-vous pas dans cette magnifique lagune, hormis le fait de ne pas vouloir faire tâche au milieu de nos coloniaux corps athlétiques ?"
- "..."
- "Allons, répondez, vilain !"
- "Trop dangereux siñor"
- "?" "Comment ça trop dangereux ? Regardez, nous sommes seuls et tranquilles ici !"
- "Tranquilé, pour l'instant.... Seuls, yé né crois pas..."
- "Mais enfin, gueux, développez diantre !"
- "Même si yé né sé pas pourquoi yé dévrais développer siñor Diantre, yé vous dirais que nous n'avons pas l'habitude de nous yetter aux bras des caïmans, des piranha et autres serpents aquatiques. On est pas des gringos en mal dé sensationes, nous."
La vengeance est un plat qui se mange nu ici...
Mon sang ne fait qu'un tour, mon coeur en fait dix et mon corps se réfugie dare-dare dans notre navire de bois qui me semble un instant n'être plus qu'une embarcation de papier en proie aux machoires et venins des pire monstres de l'enfer.
Tout le monde remonte, grelottant (de froid cela va sans dire) et se sèche dans un silence de mort.
Nous repartons ensuite au lodge où nous attends un repas frugal, comme pour nous signifier que nous aussi nous aurions pu finir au diner d'une bestiole affamée et assoifée de sang. Enfin, vu sa masse frugale, j'aurais plus parié sur une Tia cuite aux petits oignons...
Bref. Ces aventures passionnantes passées, nous nous mettons au lit. Pendant que le soleil fait des bulles, la lune accompagne nos nuits de sa blanches douceur et calme nos esprits de ses rayons carressants.
